Laïcité : la mort du modèle français ?
CONTRIBUTION / OPINION. De la séparation du spirituel et du temporel à la lutte contre les discriminations, la laïcité française semble progressivement changer de nature. Derrière les polémiques du moment se joue peut-être une question plus fondamentale : celle de l’avenir du modèle républicain français.
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La polémique née à Ivry-sur-Seine en juin dernier autour de l’application des règles de laïcité pourrait n’apparaître que comme une querelle locale de plus. Ce serait une erreur. Car derrière les déclarations des uns et les indignations des autres se dessine une question plus profonde : que reste-t-il aujourd’hui de la conception française de la laïcité ?
Le sociologue allemand Max Weber voyait dans la modernité un immense processus de « désenchantement du monde ». La science, la technique et la rationalisation progressive des sociétés devaient peu à peu dissiper les mystères, les croyances et les particularismes hérités des siècles passés. Un siècle plus tard, le mouvement semble s’être prolongé bien au-delà de ce qu’il imaginait. Après le désenchantement du monde, voici venu le temps de son uniformisation. Les frontières économiques s’effacent, les cultures s'homogénéisent et les normes juridiques convergent. La laïcité n’y échappe pas, et son modèle français est aujourd’hui fragilisé.
Pour le comprendre, un rapide retour sur la conception française de la laïcité s’impose. La laïcité à la française ne réside pas seulement dans la séparation des Églises et de l’État. Elle plonge ses racines dans une histoire plus ancienne : celle de la progressive distinction entre le spirituel et le temporel. Dès les Évangiles, avec l’injonction de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », apparaît l’idée que le pouvoir politique et l’autorité religieuse ne se confondent pas. C’est en ce sens que Marcel Gauchet a pu définir, dans Le Désenchantement du monde, le christianisme comme « la religion de la sortie de la religion » : non parce qu’il annoncerait la disparition des croyances, mais parce qu’il porte en lui la possibilité d’un ordre humain qui ne soit plus entièrement organisé par le religieux.
Cette distinction va progressivement façonner l’histoire de France :...
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