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Le boycott sportif : entre diplomatie des États et gouvernance mondiale privée

CONTRIBUTION / OPINION. À la faveur des contestations contre la politique de Donald Trump, les appels au boycott se multiplient contre les prochains évènements sportifs organisés sur le sol américain. Comment ce qui était hier un outil politique et diplomatique est-il devenu une arme morale sur laquelle les États n'ont plus prise ?

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© Gina M Randazzo/ZUMA/SIPA


« Restez loin des États-Unis ! » : tels sont les mots adressés le 26 janvier dernier par Sepp Blatter, ancien président de la FIFA, aux supporters sur le réseau X, à propos de la Coupe du monde 2026, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Ce type d’injonction est récurrent dans l’espace public : ces dernières semaines, les appels au boycott d’événements sportifs organisés sur le sol américain – au premier rang desquels la Coupe du monde de football 2026 et les Jeux olympiques et paralympiques de Los Angeles 2028 – se multiplient, en réaction à la politique menée par le président Donald Trump.

Ils ne relèvent pas seulement de ce qui est, pour certains, une indignation morale. Ils révèlent une crise plus profonde : celle de la place des États dans un sport mondialisé où le pouvoir réel s’est déplacé vers des institutions privées transnationales. À travers cette controverse, c’est la capacité des nations à maîtriser le sens politique du sport qui se trouve interrogée.

Ces appels émanent d’un large spectre d’acteurs : militants, intellectuels, responsables politiques, figures culturelles et sportives, qui estiment qu’une participation à des compétitions organisées aux États-Unis constituerait une forme de normalisation d’une politique, notamment extérieure, qui leur semble condamnable. Le sport serait donc, selon eux, un moyen de pression symbolique pour contraindre, voire punir, la première puissance mondiale. Pourtant, l’histoire du sport rappelle que le boycott fut d’abord un instrument assumé par les États, dans un contexte de confrontation directe entre puissances, et non un moyen de donner des leçons de morale.


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