opinionssociété

Émeutes : la faillite du monde commun ?

CONTRIBUTION / OPINION. Les violences de cet automne interrogent une société qui peine à transmettre ce qui la fonde et lui permet de se projeter vers l'avenir. La crise de l’autorité se joue aussi dans la place faite au travail, à l’école et à la responsabilité des adultes.

emeutes-monde-commun
© Laurent Cipriani/AP/SIPA


Une société qui se souvient de l’autorité lorsque ses vitrines volent en éclats s’y prend bien tard. Les violences d’octobre 2026 nous ramènent à notre inconséquence : nous demandons à la police de rétablir, en quelques nuits, un ordre dont les conditions sociales et morales se sont dégradées pendant des décennies. Elle doit protéger les personnes, empêcher les pillages, permettre de nouveau la vie ordinaire. Mais elle ne peut, à elle seule, rendre à nouveau crédible la promesse républicaine, ni le sentiment d'un destin commun qui méritât que l'individu narcissique s'abolisse.

Les mobilisations scolaires engagées en septembre, puis les manifestations contre la vie chère du 17 octobre, expriment des difficultés précises. Aux inquiétudes sur l’école s’ajoutent le choc des carburants provoqué par la guerre en Iran et les restrictions annoncées pour le budget 2027. Mais la présence de ces manifestants dans la rue ne fait pas d’eux les auteurs des pillages. Sous le mot commode de « colère », nous risquons de confondre une revendication, une stratégie militante et une occasion de voler, et d'autres choses encore. Cette confusion rend le mouvement social responsable de tous les délits ou confère à chaque délit la dignité d’une protestation.


Bien lire les crises


À l’approche de la présidentielle, la tentation grandit de lire chaque événement à travers le bénéfice électoral que chacun espère en tirer. Le gouvernement met en cause LFI et désigne des responsabilités politiques, LFI fait la même chose en miroir. Cela exonère les uns et les autres bien piètrement de leurs impérities. Jamais gouvernement ni présidence ne seront arrivés à un tel niveau de faiblesse et d'incompétence depuis le début de la Ve République a minima. En face, la culture de la confrontation et l’espoir de transformer une crise sociale en crise du pouvoir méritent aussi les critiques les plus vives. Encore...

Vous aimerez aussi