Carl Schmitt, l’ami et l’ennemi, et la faiblesse des souverainismes français
CONTRIBUTION / OPINION. La politique est essentiellement une question de dialectique ami-ennemi, expliquait le juriste et philosophe Carl Schmitt. Une loi d'airain que le souverainisme politique français doit encore s'approrier, estime notre contributeur.
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Chez Carl Schmitt, le politique ne se réduit ni à la discussion ni à l’administration des choses. Il commence lorsqu’un groupe est capable de distinguer l’ami de l’ennemi, c’est-à-dire de nommer ce qui menace concrètement sa manière d’exister. L’ennemi n’est pas un simple rival : c’est un ennemi public, contre lequel un collectif se constitue. Cette idée éclaire largement la vie politique française. Les blocs qui montent sont ceux qui savent désigner un ennemi clair, stable et émotionnellement intelligible. Ceux qui s’effacent sont au contraire ceux dont l’ennemi devient flou, abstrait ou contradictoire.
La gauche radicale a longtemps bénéficié d’un ennemi puissant : le bloc bourgeois. C’est un ennemi très schmittien, parce qu’il donne un visage simple à une domination structurelle. Aujourd’hui, ce sont le milliardaire (Arnault), le banquier (Rothschild), le patron de médias (Bolloré), le président des riches (Macron). La force d’un tel cadrage est qu’il constitue un “nous” populaire face à un “eux” oligarchique. Mais cette gauche porte en elle une contradiction : une partie de son univers militant tend à déplacer l’ennemi vers la figure du dominant majoritaire – homme, blanc, hétérosexuel, “de souche” – au risque d’abandonner les classes populaires. Dès lors, sa logique historique se heurte à une nouvelle logique de l’ennemi. Pour tenir l’unité, elle se radicalise et voit partout des fascisants. Pas sûr que la ficelle ne soit pas trop grosse.
Les écologistes avaient au départ un ennemi extrêmement fort : le productivisme. C’était l’un des rares ennemis véritablement civilisationnels du débat français. Leur force venait de ce qu’ils opposaient la limite au mythe de la croissance infinie, le vivant à l’exploitation, la sobriété à l’accumulation. Mais ils ont peu à peu perdu le fil de cet ennemi. Est-ce le capitalisme fossile, le consommateur, le paysan intensif, le climatosceptique, le technocrate, l’automobiliste ? À mesure que l’ennemi se...
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