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Badinter, Mitterrand, Quentin Deranque : vies et destins

CONTRIBUTION / OPINION. Dans ce billet d'humeur, notre contributrice souligne qu'à la manière d'une peine de mort, le meurtre de Quentin Deranque annihile toute possibilité de rédemption politique pour le jeune homme.

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© MERLET/ZEPPELIN/SIPA


« Aussi terribles, aussi odieux que soient leurs actes, il n’est point d’hommes en cette terre dont la culpabilité soit totale et dont il faille pour toujours désespérer totalement. » – Robert Badinter

En ce temps là, la peine de mort fut abolie. Aujourd’hui, la Jeune Garde la rétablit. Et Mediapart, pendant ce temps, déconstruit le destin de Quentin Deranque pour démontrer qu’il fut coupable au moins « d’actes terribles et odieux » qui justifièrent son assassinat capital.

Quentin Deranque était d’extrême droite, a publié des mots détestables, cultivait des sympathies inavouables. Ses assassins, pleins d’une haine symétrique, cultivant aussi bien des sympathies répugnantes, avaient le même âge. Si terrible que soit leur acte, ils ne passeront pas leur vie en prison. Ils pourront retrouver la liberté, décider de leur vie, changer ou pas, choisir la voie des mots plutôt que la voie de la violence imbécile.

François Mitterrand, jeune homme, fut sympathisant des Croix de Feu, a participé à des manifestations racistes de l’Action française. Il a vécu, il a changé, il est devenu un président socialiste respecté de 1981 à 1995. Quentin Deranque ne pourra pas changer, abandonner ses idées sinistres, grandir, devenir. Ou demeurer ce qu’il était. Il est mort, assassiné par des têtes vides qui croient être dans le camp sacré du bien.

Les mots de Médiapart sont en trop. Il est indifférent, indécent de chercher à savoir si la mort de ce jeune homme, parce qu’il était d’extrême droite, est à moitié pardonnée.

Sa mort scelle un destin dont personne ne peut prédire ce qu’il aurait été.

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